Première semaine en Inde

Voilà un peu plus d’une semaine que nous sommes arrivés à Bombay.

Dans la maison où nous vivons tout se passe à merveille. Une fois les moustiques tués et malgré la chaleur nous passons de meilleures nuits et même le matelas nous semble à présent confortable. Nous nous sommes également habitués à la douche, ça donne un petit côté « rustique » à nos journées quant à la nourriture c’est un réel plaisir de passer à table. On alterne entre cuisine Indienne et cuisine Française … dans les deux cas, un vrai délice. Suvarta, une des filles qui vit ici et qui a plus ou moins notre âge nous mijote de bons petits plats et me donne de super leçons de cuisine !

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Au menu, poulet massala, Palak paneer (un curry d’épinards à la crème et au fromage !), butter chicken… Pierre, le gérant de l’association a été nous chercher du bifteck, oui oui en Inde on peut tout de même trouver du bifteck ! Hier soir on s’est cuisiné un steak sauce au poivre et pates au fromage, un menu dont on rêvait depuis des mois ! Puis un peu de viande nous a fait beaucoup de bien car la première semaine, on a du faire sans. Donc une semaine sans viande ni poisson de quelque sorte ça commençait à faire long ! On a compensé avec des œufs mais bon… On est tout de même heureux d’avoir mangé un bon bifteck !

Concernant le climat il fait chaud ! Très chaud, très très chaud ! On boit des litres d’eau, de soda, de tchai (thé local avec une base de lait) et on passe notre temps sous les ventilateurs.

Pierre a une voiture ainsi qu’un chauffeur donc pour les déplacements au quotidien tout va bien. La conduite à Bombay est un vrai sport mais sans aucune règle donc pour un occidental, s’il ne veut pas risquer sa vie, il prend un chauffeur ! On se cale donc dans la voiture avec la clim et on se laisse conduire mais dès qu’on sort de la voiture c’est de nouveau l’étuve. En général on prend la voiture tous les après-midi pour se rendre au bidonville. Départ 15h, arrivée au bidonville 15h30. Au bout d’une semaine, les enfants commencent à s’habituer à nous voir et donc viennent facilement à notre rencontre : « Hello Uncle », « Hello Didi », « how are you ? » « Drawing today ? » (dessin aujourd’hui ?).

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Comme c’est les vacances scolaires,Pierre se fait arrêter tous les 500 mètres car les parents lui remettent les bulletins des enfants dont l’association s’occupe. Il vérifie ensuite les résultats de chaque enfant pour savoir si elles redoublent ou non et ainsi savoir ce qu’il faudra acheter comme fournitures scolaires. C’est Suvarta à la maison qui lui fait la traduction des bulletins.

Pierre est un peu celui qu’ils viennent voir quand ils ont un problème avec la scolarité, quand il y a des choses qu’ils ne comprennent pas mais aussi quand ils ont des problèmes médicaux.

A chaque fois qu’on arrive, on sait qu’on se fera arrêter pour un problème ou un autre. Aujourd’hui une fille est venue nous voir pour qu’on adopte et qu’on emmène avec nous en France sa petite nièce car ses parents sont décédés et il faut que quelqu’un s’occupe d’elle. Tant bien que mal on a du lui expliquer que sa petit nièce était adorable mais que ça n’était pas possible, qu’on ne pouvait pas l’emmener avec nous si simplement et que nous n’avions pas les moyens pour l’adopter. Quant on lui a expliqué elle a semble -t-il compris et gardé le sourire. Elle ne semblait pas surprise de notre réponse ni déçue mais je pense qu’elle a voulu tenter, au cas où… Quand un membre de la famille décède ou ne peut plus s’occuper d’un enfant, d’autres membres de la famille le prennent en charge sans plus de problème que ça. Mais je ne pense pas qu’ils aient conscience de ce que ça représente administrativement d’adopter un enfant. On ne peut pas juste se pointer à l’aéroport avec un gamin sous le bras sans aucun papier et dire qu’on l’a trouvé, qu’il était mignon et sans parents et donc qu’on l’emmènerait bien avec nous…

Passé ces moments là on se retrouve bien vite au chaud dans notre petit local avec 25 à 30 filles à occuper pendant 1h30/2h. Des fois les activités plaisent, des fois moins… Avec les peu de moyens du bord, les activités se composent toujours d’une base de coloriage. Alors on module : Une fois des masques, une fois des fanions, une autre fois des cocottes en pliage, des poissons avec des bouteilles d’eau…

IMG_4275

IMG_4051  IMG_4086Comme elles sont nombreuses et qu’on n’a pas assez de matériel pour toutes et surtout qu’elles n’ont pas toutes le même âge donc les mêmes aptitudes on doit préparer bon nombre de choses à l’avance. Tous les découpages doivent être faits. Si on donne des ciseaux à l’une, toutes les autres vont immédiatement aussi en vouloir et ça devient ingérable.

Je ne sais pas si ça vient du fait qu’elles soient des filles donc souvent mises à l’écart, qu’elles vivent avec très peu de moyens et donc peu de biens matériels à elles mais dès qu’on distribue le matériel nécessaire aux activités ça devient n’importe quoi ! Elles voient pourtant depuis 10 jours que nous avons assez de pochettes, assez de feuilles et assez de crayons pour tout le monde mais dès qu’on commence à distribuer elles se lèvent toutes et hurlent en tendant la main « Uncle Me ! » « Didi Me ! » pour être la première servie. A chaque fois on leur demande de s’asseoir et on leur répète qu’il y en aura pour tout le monde mais rien n’y fait. Jusqu’à ce que la dernière soit servie ça crie et ça se bouscule. Ensuite vient la guerre des crayons ! On a deux grosses boites de pastels gras, une grosse boite pleine de crayons de couleurs et une boite de feutres … mais là encore c’est la guerre ! Elles veulent toujours la couleur de la voisine, elles veulent le pastel plutôt que le crayon de couleur. De vraies enfants quoi !!! Par contre on a fini par supprimer les feutres. Elles adorent s’en servir mais sont incapables de remettre le bouchon. Résultat ils trainent sur la nappe que nous mettons par terre pour qu’elles s’assoient, tâchent la nappe et finissent par sécher. On leur a expliqué plusieurs fois comment faire, on leur a répété plusieurs fois qu’il n’y aurait plus de feutres si elles n’y faisaient pas plus attention mais rien n’a changé… donc plus de feutres pour le moment ! C’est comme pour les autres enfants, elles doivent comprendre que tout a un coût et même si c’est nous qui ramenons les feutres, ils ne sont pas gratuits donc il faut en prendre soin. Pour certaines nous avons également remarqué qu’elles étaient dans une optique de consommation même en ce qui concerne les activités. On leur donne un dessin, elles vont s’empresser de le colorier quitte à le bâcler pour en avoir un autre et un autre et un autre… D’autres au contraire vont s’appliquer, prendre leur temps, trouver les bonnes couleurs, ne pas dépasser. Sur la trentaine de filles qui viennent au quotidien certaines ont des caractères vraiment très différents. Mais toutes, une fois le dessin fini, sont fière de nous appeler pour pouvoir nous le montrer. « Didi finish », « uncle finish » (en levant bien haut leur dessin). Je ne sais pas combien de fois par jour nous disons « beautiful », « nice », « good », « verry beautiful », « I like the colors »… mais on le dit vraiment souvent !!! Et à chaque fois elles ont le sourire !

Après ces après-midi bien animées on peut ranger tout notre bazard et repartir sous des tonnes de « bye uncle, bye didi » « see you tomorrow » « tomorrow come ? ». Des mamans sont également présentes tous les jours. Elles passent soit dire bonjour ou au revoir, soit elles restent toute la séance (aujourd’hui une maman a même discrètement participé à l’activité coloriage et nous a fièrement montré son dessin à la fin). Comme quoi ça intéresse les filles de tous âges !

Retour vers 17h30 à la voiture et direction la douche !! Après avoir sué pendant 3h c’est juste du bonheur ! Puis repos et préparation de l’activité du lendemain.

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Le soir David arrive à veiller assez tard mais pour ma part je tombe de sommeil hyper rapidement. Entre le peu de protéines dans la nourriture et les conditions de vie ici (chaleur, bruit, saleté…) ainsi que les quelques mois de voyage qu’on a derrière nous je sens que mon corps a besoin de plus de repos. Lorsque l’on en n’a pas l’habitude (même après 4/5 mois en Asie) le bruit dû à la circulation et la chaleur peuvent vite être très fatiguant. Mais bon, on tient le coup et on reste plein de motivation.

Combien de filles ici auraient besoin d’un parrain ou d’une marraine Français(s) afin de pouvoir financer leurs études ? Peu importe dans quel pays on vit on se rend bien compte qu’au final c’est bien l’argent le nerf de la guerre.

L’association en est un exemple concret. Il y a quelques années elle était aidée par de nombreux financeurs : laboratoire pharmaceutiques, groupe pétroliers, banques… L’association pouvait alors aider énormément d’enfants. Ils avaient de vrais locaux pour les accueillir, leur dispensaient des cours de dactylographie, d’anglais, de peinture sur mains (henné), d’électricité, d’informatique, de couture, de broderie, de danse et avait deux classes d’anglais et deux classes d’informatique. Après la crise tous les investisseurs se sont désengagés faute de « budget ». Il subsiste encore une classe d’informatique mais le peu d’argent qui reste vient des donateurs particuliers en France et de parrains et marraines qui aident les filles afin de financer l’achat de matériel scolaire ( et pour avoir été faire les achats avec elles, on s’est rendu compte qu’il leur en fallait du matériel ! Bientôt plus qu’en France. Elles repartent du magasin avec des monts de livres et de cahiers en tout genre, on était super impressionnés !).

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Sans l’association, les fillettes que vous voyez ci dessus n’auraient pas la possibilité d’aller à l’école et de se payer tout ce matériel!

2 réflexions au sujet de « Première semaine en Inde »

  1. ça me fait rire de voir que quel que soit le pays, c’est la même chose avec les enfants! lol. Avec ce que tu racontes je retrouve mes élèves qui flinguent mes feutres, qui baclent mes coloriages, qui se battent pour le crayon de l’autre et qui veulent être les premiers servis! Trop fort! Par contre le manque de moyens et de matériel doit être un réel problème, en effet!

  2. Et Elo je compte sur toi pour me faire un butter chicken dès ton retour! Je ramènerai du saucisson et du fromage pour l’apéro que tu puisses quand même retrouver tes marques hihi!

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